Fruit des mutations successives des australopithèques (dont la célèbre Lucy), Homo sapiens est apparu en divers points d’Afrique (Maroc en 315 000 avant le présent, Grand rift oriental, Tchad, Afrique australe) au Paléolithique moyen (âge de la pierre taillée, première grande période de la Préhistoire), avant de se répandre sur la planète. La première de ses sorties du continent (dites Out of Africa) a lieu vers 180 000 AP en direction du Sinaï et d’Israël, puis de la péninsule arabique. Ces mouvements sont favorisés par les corridors de savane et de steppe nés de la contraction du Sahara et des déserts d’Arabie. Traversant l’Arabie, Homo sapiens gagne l’Inde, l’Asie du Sud (Laos vers 90 000 ans AP), la Chine méridionale et les îles indonésiennes ; il est identifié vers 65 000 AP au nord de l’Australie et vers 49 000 AP en Papouasie (les deux territoires formant alors un seul ensemble appelé Sahul). Mais ces premiers peuplements ne sont pas pérennes.
De nouvelles vagues d’Out of africa, beaucoup plus conséquentes, ont lieu entre 55 000 et 50 000 AP. Se mélangeant aux descendants des premières migrations, Homo sapiens peuple le Levant, l’Europe, la Sibérie (44 500 AP), le Paléo-Honshu (archipel japonais séparé du continent, vers 38 000 AP) et l’Asie entière (civilisation hoabinhienne à partir de 43 000 au nord-Vietnam). Entre 45 000 et 35 000, l’ancêtre de l’Homme moderne est présent dans les îles philippines (Luzon, Palawan) et indonésiennes (Bornéo, Timor, Java). Entre 45 000 et 27 000, il prend la direction de la Béringie : cette immense steppe court alors de la Yakoutie sibérienne à l’Alaska et au Yukon canadien ; le détroit de Béring ne la séparera qu’après la montée des eaux résultant de la fin de la période glaciaire (vers 10 000 AP). Enfin, entre 20 000 et 15 000 AP, Homo sapiens se propage dans le reste du continent américain, par cabotage sur les côtes du Pacifique jusqu’au Chili (le site de Monte verde est daté de 14 500 ans) ; des voies terrestres ne s’ouvriront dans les masses glaciaires de l’intérieur que vers 13 000 AP.
Partout où il passe, Homo sapiens remplace ou absorbe (par croisement), les familles d’Homo présentes antérieurement : naledi en Afrique, denisova en Eurasie, floresiensis, luzonensis et erectus tardifs en Asie, neandertal au Levant et en Europe ; le « mélange » avec les néandertaliens du Proche-Orient (vers 48 000 AP) donne naissance à une population métissée qui va essaimer en Asie (où elle se substituera aux dénisoviens) et en Europe (où elle remplacera les néandertaliens). C’est pourquoi on trouve environ 2,5 % d’ADN de neandertal chez les humains actuels (sauf dans les populations sub-sahariennes) et jusqu’à 5 % de fragments d’ADN dénisovien chez une trentaine de populations d’Asie et d’Océanie (comme les Papous de Nouvelle-Guinée et de Bougainville). Dès 40 000 ans avant le présent, l’Homme moderne n’a plus de concurrent biologique.
Avec la fin de la période glaciaire et la montée des eaux au début du Mésolithique (deuxième grande période de la Préhistoire), vers -12000, Homo sapiens commence à bâtir des villages. Les premiers regroupements ont lieu au Proche-Orient, où les Natoufiens cultivent des céréales sauvages avec des outils tels que des faucilles de pierre. Jéricho (en Palestine) et Urfe (future Edesse, en Turquie) sont considérées comme les plus anciennes villes du monde (environ 9000 AEC).
A partir de la période suivante (le Néolithique, qui débute vers -8500), l’Homme, jusqu’alors cueilleur-chasseur, se sédentarise et devient agriculteur et éleveur à part entière. Ce basculement se produit à des époques très différentes selon les continents et les régions : vers -8500 dans le Sud-Est de l’Anatolie et au Levant, vers -6400 en Grèce et les Balkans, entre -6000 et -5500 en Chine, vers -5000 sur la côte atlantique européenne (culture des mégalithes à partir de -4500 qui se diffuse ensuite en Europe de l’Est), -4500 en Amérique. Entre autres nouveautés apparaissent la pierre polie, le tissage et la poterie.
Avec l’apparition de l’écriture dans la Mésopotamie des Sumériens (vers -3200) et en Égypte, puis dans la vallée de l’Indus (au millénaire suivant), la préhistoire cède la place à la protohistoire, qui voit en particulier la découverte et le développement de la métallurgie (du cuivre, du bronze et du fer), ainsi que de cités-Etats et de villes fortifiées, puis d’empires. La protohistoire est généralement divisée en deux grandes périodes (même si certains historiens la font commencer au néolithique). L’Âge du bronze commence vers -3000 en Anatolie, où nait la métallurgie de cet alliage de cuivre et d’étain ; elle parvient en Grèce et en Crète vers -2800, en Europe de l’Ouest et en Chine vers -2000. L’Age du fer, qui lui succède, est une période caractérisée par la métallurgie de ce métal, dont la température de fusion est plus élevée que celle du bronze. Son début varie fortement selon les aires géographiques : -1200 en Anatolie, -1100 dans le monde méditerranéen, -800 à -700 dans le Nord de l’Europe, -1000 en Afrique, premier quart du 1er millénaire AEC en Asie de l’Est (-500 en Chine). Les cultures européennes de Hallstatt, puis de La Tène (à partir de -450), sont souvent qualifiées de « second âge du fer ».
L’Histoire proprement dite commence en -50, notamment avec l’Antiquité romaine (en Europe et dans le bassin méditerranéen). A partir de 500, elle est suivie du Moyen Âge, que les historiens décomposent en trois tranches : le haut Moyen Âge (Ve-Xe ou XIe siècles), le Moyen Âge central ou classique (XIe-XIIIe siècles) et le bas Moyen Âge (XIVe-XVe siècles). En 1500 débute l’Époque moderne, suivie de l’Époque contemporaine.
Pour plus de détail, cf. Atlas de la préhistoire (éditions Autrement).