Le fédéralisme multilingue de la Suisse

Tour d’horizon des langues parlées dans la fédération.

41 277 km²

République fédérale

Siège fédéral : Berne (pas de capitale officielle[1])

Monnaie : franc suisse

8,8 millions d’habitants (Suisses)

Indépendance reconnue en 1474

[1] Des institutions siègent ailleurs (comme le Tribunal fédéral à Lausanne)

Le drapeau est l’un des rares au monde à être carré. D’origine incertaine (si ce n’est qu’il était déjà celui du canton de Schwytz, qui a donné son nom au pays), il porte une croix grecque (dont les branches sont de taille identique) de couleur blanche sur fond rouge.

Pour l’histoire ancienne, lire A l’origine des pays germanophones

Enclavée, la Suisse compte 1 770 km de frontières avec cinq pays : 348 km avec l’Allemagne au nord, 525 avec la France à l’ouest, 698 avec l’Italie au sud, 158 avec l’Autriche et 41 avec le Liechtenstein à l’est. Ce dernier fait partie de l’espace douanier suisse, au même titre que les communes allemande de Büsingen (cf. infra) et italienne de Campione d’Italia (enclavée dans le Tessin).

Plus de 62 % du pays est occupé par le relief des Alpes, où culmine le Pic Dufour (4 634 m, dans le massif du Mont Rose). Le reste est constitué des montagnes du Jura (au nord-ouest) et d’un plateau. Le climat est tempéré.

L’historique Confédération des cantons suisses a conservé le nom officiel de Confédération suisse bien que, depuis 1848, il ne s’agisse plus d’une confédération (associant des États souverains) mais d’une fédération (associant des États ou républiques fédérés). Issue du latin Helvetia (faisant référence au peuple celtique des Helvètes), l’appellation Confédération helvétique est apparue à partir de 1848 dans un certain nombre d’usages (la monnaie, les plaques d’immatriculation…). De trois à l’origine (en 1291), le nombre de cantons suisses est passé à vingt-six, par adhésions et découpages successifs (le dernier né, le Jura, a été créé en 1979, par séparation de la moitié de la partie francophone du canton de Berne). Chaque canton dispose de ses propres constitution, parlement, gouvernement et tribunaux au sein du système fédéral (représenté par un Conseil national et un Conseil des États). Le plus grand est celui de Berne (un peu moins de 5 940 km²) et le plus petit celui de Bâle-ville. Le plus peuplé est le canton de Zurich (1,6 million d’habitants) et le moins habité l’ancien « demi-canton » d’Appenzell-Rhodes intérieures (moins de 17 000). Deux petits cantons sont quasiment enclavés dans les pays limitrophes : celui de Genève en France (le long du lac Léman) et celui de Schaffhouse en Allemagne (à l’extrême-nord) ; ce dernier compte d’ailleurs une commune allemande enclavée (Büsingen am Hochrhein) et deux exclaves dans des cantons voisins.

Outre 69 % de citoyens de nationalité suisse, le pays compte de nombreux ressortissants étrangers : Allemands (4 %), Italiens (3 %), Portugais (2,5 %), Français (2 %), Kosovars et Albanais, Turcs… La Suisse possède quatre langues officielles nationales (allemand, français, italien et romanche) représentatives de son expansion territoriale vers le sud et l’ouest, entre le XVe et le XIXe siècle (cf. A l’origine des pays germanophones). Quatre autres idiomes bénéficient d’une reconnaissance officielle : deux langues régionales (le franco-provençal ou arpitan et le franc-comtois ou patois jurassien) et deux langues de minorités sans territoire (le yiddish juif et le yéniche[1]).

Sur 69 % des habitants déclarant une religion, 34 % sont catholiques, 22 % protestants (essentiellement réformés calvinistes, cf. Les protestantismes), plus de 5 % musulmans (dont quelques dizaines de milliers d’alévis bektachi) et 8 % adeptes d’autres religions (dont des confessions chrétiennes diverses).


Plus de 62% de la population a comme langue principale le « suisse allemand ». Distinct de l’allemand standard, ce terme générique désigne un ensemble de dialectes alémaniques[2] : du nord au sud, le bas alémanique (bâlois proche de l’alsacien), le haut alémanique (très majoritaire) et l’alémanique supérieur dans les régions alpines (dont les villages fondés par les Walser, Burgondes germanophones, dans les Alpes tessinoises et grisonnes). Le français (23 %) est la langue principale pratiquée en Suisse dite romande, celle qui jouxte la France. L’italien et ses dialectes (8 %) sont majoritairement utilisés au Tessin et dans certaines parties du canton des Grisons, au sud des Alpes, où est répandu le romanche (0,5 %), langue rhéto-romane à racines latines.

Les citoyens ont la liberté de choisir leur langue, mais c’est le principe de territorialité qui prédomine : les langues officielles sont fixées par les cantons. Sur les vingt-six que compte la Confédération, vingt-deux ont une seule langue officielle : dix-sept le suisse allemand, quatre le français (Genève, Neuchâtel, Vaud et Jura) et un l’italien (le Tessin). Trois cantons sont officiellement bilingues (Berne, Fribourg, Valais), ainsi que la ville de Biel/Bienne à la frontière culturelle et linguistique entre Suisse alémanique et Romandie. Le canton des Grisons est trilingue. Dans certains cantons germanophones, à commencer par celui de Zurich, l’apprentissage du français à l’école est repoussé de quelques années, au profit de l’anglais.

Les cantons peuvent également donner une reconnaissance de droit public à une ou plusieurs confessions. En revanche, la fédération n’a pas de religion d’État, bien que le préambule de sa Constitution de 1999 commence par l’invocation « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! ».

[1] Peuple semi-nomade à l’origine incertaine (celte, juive, voire khazare), dont la présence en Suisse est attestée depuis le XIe siècle.

[2] En référence aux Alamans, peuple germanique qui, au Ve siècle, dominait la région allant des Vosges alsaciennes jusqu’au Vorarlberg (à la frontière austro-helvétique), en passant par l’actuel Bade-Wurtemberg allemand, le plateau suisse et la Bavière.

Photo : le Cervin. Crédit : ricardoadelaïde / Pixabay