112 622 km²
République présidentielle
Capitale : Porto-Novo[1]
Monnaie : franc CFA
14,7 millions d’habitants (Béninois)
Indépendance en 1960
[1] Capitale constitutionnelle, mais l’essentiel du pouvoir siège dans la capitale économique Cotonou, à moins de 30 km à l’ouest.

Le drapeau est aux couleurs panafricaines (signes de renouveau, de courage et de richesses).
Pour l’histoire antérieure à l’indépendance, lire La « Basse Guinée » avant les États modernes.

Ouvert sur le golfe du Bénin au sud (avec 121 km de côtes), le Bénin partage 2 123 km de frontières terrestres avec quatre pays : 809 avec le Nigeria à l’est, 277 avec le Niger au nord, 386 avec le Burkina Faso au nord-ouest et 651 avec le Togo à l’ouest. Majoritairement plat, le relief compte quelques collines et petites montagnes (culminant à 675 m). Le climat est tropical.
Largement concentrée sur les bords de l’Atlantique, la population compte une quarantaine de groupes ethniques, dont aucun n’est majoritaire. Selon des chiffres datant d’une dizaine d’années, le plus nombreux (38 %) est celui des Fon et peuples apparentés de langue gbe (Goun…), qui vivent au centre-sud ; ils y côtoient les Adja (15 %, proches des Ewé du Togo) au sud-ouest et les Yoruba (12 %) au sud-est : localement appelés « Nago », ces derniers sont arrivés de l’actuel Nigeria au XIIe siècle. Dans le nord vit un ensemble de peuples Gur, de langue voltaïque, tels que les Bariba (un peu moins de 10 %), les Ottamari (6 %), les Goumantché et certains Yoa-Lokpa. Le nord-est est peuplé de Fulani (Peuls, un peu moins de 9 %) et de Dendi (moins de 3 %, arrivés du Mali au XVIe siècle). Eu égard à sa diversité linguistique (une cinquantaine de langues parlées), le pays a adopté le français comme langue officielle .
Sur les 94 % d’habitants déclarant une religion, plus de 48 % sont chrétiens : près de 26 % catholiques et près de 23 % protestants ou membres d’autres obédiences (dont 7 % de l’Église du christianisme céleste, église d’institution africaine proche du mouvement Aladura des Yoruba nigérians). Environ 28 % des Béninois sont musulmans et 14 % adeptes de religions traditionnelles (dont 12 % des cultes vodou, cf. Les animismes).

Le Dahomey français obtient son indépendance en 1960, sous la présidence du Bariba Hubert Maga. La capitale demeure à Porto-Novo, fondée au XVIIe siècle et jugée plus « africaine » que Cotonou, dont le développement économique est dû aux Français. Le chef du nouvel État doit rapidement gérer une situation sociale difficile : le retour au pays des nombreux fonctionnaires dahoméens qui, compte-tenu de la qualité du système scolaire mis en place par les missionnaires, avaient pourvu beaucoup de postes dans les différents pays de l’Afrique occidentale française devenus indépendants. Pour enrayer la crise, l’armée impose à Maga de s’associer à un duo qui prend vite le dessus : Sourou Migan Apithy, chef du gouvernement provisoire avant l’indépendance, et Justin Ahomadegbé, un Fon descendant des rois d’Abomey. Bien qu’appartenant au même Parti démocratique dahoméen, les deux hommes s’entendent mal, de sorte que l’armée reprend les rênes en 1965 : le colonel Soglo prend le pouvoir, jusqu’à son renversement deux ans plus tard. En 1970, les militaires instaurent un Conseil présidentiel, que chacun des trois hommes forts du pays présidera à tour de rôle.
La formule tourne court en octobre 1972, avec le putsch de Mathieu Kérékou, un commandant originaire de l’Atakora (nord-ouest). Devenu Président, il engage le pays dans la voie du marxisme-léninisme, caractérisé par l’existence d’un parti unique et par la répression des opposants. Si Porto-Novo (siège de l’Assemblée et de la Cour suprême) reste la capitale officielle, plusieurs ministères sont toutefois installés à Cotonou, où la Présidence de la république réside depuis 1967 et où demeurent les ambassades étrangères. En 1975, Kérékou change le nom du pays : le Dahomey (qui fait trop clairement référence aux Fon et à leur ancien royaume d’Abomey) devient la république populaire du Bénin, du nom du golfe qui borde le littoral[1]. Sa politique économique ne donnant pas les résultats escomptés, des grèves éclatent à Cotonou et Porto-Novo en 1989. L’année suivante, Kérékou anticipe la suite des événements, à la lueur des mutations démocratiques qui touchent les pays communistes d’Europe de l’est : il convoque une Conférence nationale dont il accepte toutes les conclusions, dont l’instauration du multipartisme et la création d’un poste de Premier ministre.
[1] Le golfe du Bénin n’a aucune continuité territoriale et historique avec le Bénin actuel. Il fait référence au puissant royaume d’Ubinu, fondé par les Edo au XIIe siècle dans le delta du Niger, au sud-ouest du Nigeria actuel (où subsiste d’ailleurs un État fédéré Edo, ayant pour capitale Benin city sur le fleuve Bénin).
Celui-ci échoit à Nicéphore Soglo, un ancien administrateur de la Banque centrale qui, un an plus tard, remporte l’élection présidentielle devant le chef de l’État. Après presque vingt ans de pouvoir sans partage, Kerekou se retire pacifiquement, ce qui constitue le premier passage réussi d’une dictature à une démocratie en Afrique. Le retrait n’est d’ailleurs que provisoire : devenu pasteur pentecôtiste, l’ancien officier putschiste retrouve le pouvoir à l’issue des élections de 1996, Soglo n’ayant pas réussi à enrayer la crise économique. Réélu en 2001, Kérékou se distingue par un rare respect de la liberté de la presse et des institutions. Plutôt que d’essayer de réviser la Constitution pour briguer un nouveau mandat – comme le font nombre de ses pairs africains – il ne se représente pas.
L’élection présidentielle de 2006 est remportée par un outsider, Thomas Boni Yayi, issu d’ethnies musulmanes du nord. Ce président en exercice de la Banque ouest-africaine de développement fait campagne, en dehors des partis, sur le thème du changement et de la corruption et l’emporte, au second tour, avec plus de 74 % des voix devant le candidat du régime. Le pouvoir avait bien essayé de l’exclure de la candidature en arguant que, en tant que haut fonctionnaire à Lomé, Boni Yayi ne résidait pas au Bénin mais cette disposition avait été jugée anti-constitutionnelle. Réélu en 2011, le Président se convertit à l’évangélisme et devient pasteur l’année suivante. Fidèle à la démocratie en vigueur dans le pays, il ne se représente pas en 2016.
Une nouvelle fois, l’élection n’est pas remportée par un politicien, mais par un riche homme d’affaires, surnommé « le roi du coton », lointainement issu d’une famille française de trafiquants d’esclaves. A rebours de ses prédécesseurs, Patrice Talon restreint fortement la liberté d’expression, conduisant de nombreux opposants, dont Boni Yayi, à l’exil. En 2019, les législatives se déroulent sans le moindre parti d’opposition, aucun d’eux n’ayant réussi à satisfaire les conditions d’obtention du certificat de conformité institué l’année précédente. Faiblement suivi, le scrutin est émaillé d’incidents dans le nord. Le même scénario se reproduit deux ans plus tard : en l’absence des principaux candidats d’opposition, empêchés de se présenter, Talon est réélu dès le premier tour de la présidentielle avec près de 87% des voix et une participation d’un peu plus de 50 %. Les Démocrates, principal parti d’opposition fondé par Boni Yayi, font leur retour sur la scène électorale aux législatives de 2023 et enlèvent environ un quart des sièges du Parlement, tout en contestant la régularité du scrutin. Moins de 38 % des électeurs ont voté.
Depuis 2024, le Bénin est en conflit avec la junte au pouvoir au Niger au sujet du transport de pétrole (et d’uranium) nigériens jusqu’aux ports du littoral béninois, moins risqués à atteindre que celui de Lomé (dont l’accès nécessite de passer dans des zones sous contrôle djihadiste au Burkina-Faso). Le nord du Bénin commence d’ailleurs à être contaminé par le djihadisme sahélien, sur fond de conflit entre pasteurs Fulani (musulmans) et agriculteurs locaux. En avril 2025, une cinquantaine de soldats sont tués par le GSIM (affilié à al-Qaida, cf. Sahel), au triple point frontalier avec le Burkina et le Niger, le plus lourd bilan jamais enregistré par l’armée béninoise. Ils faisaient partie des 3 000 soldats déployés par le Bénin, en janvier 2022, pour sécuriser ses frontières, dans le cadre de l’opération « Mirador ». Des attaques de commissariats sont également perpétrées dans le nord du pays (trois soldats tués en octobre, à la frontière du Nigeria).
En octobre 2025, le parti Les Démocrates est écarté de la future présidentielle, pour non respect des conditions de parrainage des candidats. Le mois suivant, l’Assemblée vote une révision constitutionnelle rallongeant de cinq à sept ans le mandat du chef de l’État et des députés et créant un Sénat de « sages » non élus, qui pourrait servir de base de repli à Talon (dans l’incapacité de briguer un nouveau mandat présidentiel). En décembre, le Président échappe à un coup d’État perpétré par une centaine de mutins. Le calme est rétabli par l’armée régulière et la garde présidentielle, aidées par des frappes aériennes du Nigeria (intervenant dans le cadre de la Cedeao), avec un appui logistique de la France. De leur côté, les putschistes auraient bénéficié d’un appui de la junte nigérienne, hostile à Talon et intéressée par les débouchés que lui offrirait le port de Cotonou.
Crédit photo : Junior Samson / Unsplash