45 228 km²
République parlementaire
Capitale : Tallinn
Monnaie : l’euro
1,2 million d’habitants (Estoniens)


Possédant 3 794 km de côtes sur le golfe de Finlande, la mer Baltique et le golfe de Riga (dont celles de ses 1520 îles), l’Estonie partage 657 km de frontières terrestres avec deux pays : 324 avec la Russie à l’est et 333 avec la Lettonie au sud.
L’Estonie contrôle toutes les îles du Golfe de Riga, y compris Ruhnu, pourtant située au large de la Lettonie. Tracée en 1920, la frontière letto-estonienne a coupé en deux la ville de Walk.
Plat au nord, le relief s’élève à un peu plus de 300 m au sud. Le climat est de type maritime sur la côte et continental à l’intérieur.
69 % des habitants sont d’ethnie estonienne, près de 24 % Russes et 2 % Ukrainiens. La langue officielle est l’estonien. Les langues sud-estoniennes, dont les peuples Võros et Setos comptent le plus grand nombre de locuteurs, sont considérées comme des dialectes.
71 % de la population ne déclarent pas de religion. Le reste est adepte du christianisme (un peu moins de 17 % d’orthodoxes, 8 % de luthériens) ou d’autres cultes dont certains (tels que la foi Taara et le Maausk, « foi de la terre ») sont inspirés du paganisme des premiers habitants du pays.

Redevenue indépendante en septembre 1991, comme ses voisins baltes – après de longues années de tutelle russo-soviétique – l’Estonie a des relations tendues avec la Russie, notamment sur le tracé de leur frontière commune. Après la dislocation de l’URSS, 5 % du territoire estonien sont en effet restés russes : Ivangorod sur la rive droite de la rivière Narva (à une centaine de km à l’ouest de Saint-Pétersbourg) et la moitié de l’historique lac Peïpous (Suur järv en estonien), mais aussi des pans entiers de terre au sud-est du pays. L’accord frontalier trouvé en 2013 n’a jamais été ratifié par le Parlement de Moscou.
Les relations sont d’autant plus délicates que l’Estonie a rejoint le camp occidental (OTAN et Union européenne) et que, du fait de la russification massive menée durant l’occupation soviétique, le nombre des russophones a augmenté par rapport à celui des autochtones : en Estonie, la part des locaux est passée de 88 % en 1922 à moins de 70 %. Les locuteurs du russe sont près de 30 %, principalement à Tallinn et dans le nord-est ; leur proportion atteint même 95 % à Narva (la ville estonienne qui fait face à Ivangorod), terre d’accueil historique des Vieux-Croyants (des ritualistes chassés et persécutés par Moscou après le schisme orthodoxe de 1667), dans laquelle Moscou avait interdit aux Estoniens de revenir après les dégâts causés par la deuxième Guerre mondiale. En pratique, le terme « russophone » englobe plusieurs catégories de populations : ressortissants de Russie et de Biélorussie (plus de 80 000) et d’Ukraine bénéficiant d’un statut de résidents permanents, Estoniens ayant des racines russes et apatrides descendant principalement d’occupants soviétiques ; au nombre d’environ 60 000, ces derniers sont titulaires d’un passeport de couleur grise qui leur permet à la fois de circuler dans l’espace européen Schengen et d’aller en Russie sans visa ; en revanche, ils sont exclus de certains droits, notamment celui de voter aux élections nationales. La citoyenneté estonienne n’a été accordée qu’aux personnes présentes dans le pays avant 1940 et à leurs descendants. Pour en bénéficier, les non-citoyens doivent apprendre la langue et l’histoire locales. La question est sensible, comme en témoignent les incidents qui, en avril 2007, font un mort et des dizaines de blessés, après la décision du gouvernement estonien de déplacer dans un cimetière la statue du soldat soviétique qui trônait en plein cœur de Tallinn.
Moscou est suspectée de financer les partis pro-russes des différents pays baltes, formations dont le poids électoral a cependant décru depuis l’invasion de l’est ukrainien par la Russie, en février 2022. Ainsi, le Parti du centre, parti traditionnel des russophones d’Estonie, a rompu le partenariat qu’il avait conclu en 2014 avec Russie unie, le parti ultra-majoritaire au Parlement de Moscou. Malgré cette rupture, il a obtenu moins de 15 % des voix aux législatives du printemps 2023, derrière le Parti de la réforme d’Estonie de la Première ministre sortante (près de 32 %) et les conservateurs.
La guerre entre la Russie et l’Ukraine a accru les tensions. Ainsi, en 2024, les garde-côtes de Moscou retirent des bouées placées sur la rivière Narva, frontalière de l’Estonie. En plus de renforcer sa coopération militaire avec ses voisins polonais et baltes, la coalition socialo-centriste au pouvoir entend interdire la participation aux élections locales des citoyens russes et biélorusses résidant dans le pays. Elle accélère aussi l’apprentissage obligatoire de sa langue nationale dans le système scolaire, dont une partie ne fonctionne encore qu’en russe.
Photo : les remparts de Tallinn. Crédit : Annie Chancel.