Le continent africain

Bordée par les océans Atlantique à l’ouest et Indien à l’est, l’Afrique s’étend sur 30 415 873 km² (avec les îles), soit 20 % des terres émergées de la planète, depuis les rivages arabo-berbères de la Méditerranée au nord jusqu’aux côtes voisines du cap de Bonne-Espérance en République sud-africaine ; au carrefour de l’Afrique et du Moyen-Orient, l’Égypte possède la particularité de posséder une petite partie de son territoire sur un autre continent (la péninsule du Sinaï, situé en Asie).

Géographiquement, le continent est découpé en grandes zones : la partie centrale est occupée par une forêt équatoriale qui est bordée, de part et d’autre, par des savanes et des steppes plus ou moins arborées (comme le Sahel). Celles-ci forment une transition avec des zones arides, telles que les déserts du Kalahari et de Namib sur le tropique du Capricorne et le Sahara sur celui du Cancer ; assez humide à partir de 8000 AEC, le Sahara est revenu à l’état de désert entre 2500 et 2000 AEC, ce qui a entraîné des migrations de populations vers le sud et l’est. Les deux extrémités du continent sont occupées par des îlots de climat méditerranéen (Maghreb au nord, région du Cap au sud). A ce panorama s’ajoutent quelques régions particulières telles que la vallée du Nil (axe essentiel de circulation depuis la désertification du Sahara), le massif éthiopien et la région orientale des Grands lacs, sans oublier la « Grande île » de Madagascar.


L’Afrique est considérée comme le « berceau » de l’humanité. C’est là que sont apparus, il y a plus de 5,5 millions d’années, les premiers australopithèques, « ancêtres » du genre homo et plus particulièrement d’homo sapiens, dont descendent les hommes modernes. Trouvés au Maroc, les vestiges du plus ancien sapiens connu sont datés d’environ 315 000 ans avant l’ère commune (AEC) ; d’autres ont été découvertes dans la vallée orientale du Rift, au Tchad et en Afrique du sud. Selon la théorie la plus communément admise, homo sapiens a effectué plusieurs « sorties d’Afrique » pour se répandre sur le reste de la planète et s’y mélanger avec d’autres représentants du genre homo (Neandertal, Denisova…) ou les assimiler. Vers 180 000 avant le présent (AP), il prend la direction du Sinaï et d’Israël, puis de la péninsule arabique. Ces mouvements sont favorisés par les corridors de savane et de steppe nés de la contraction du Sahara et des déserts d’Arabie. Il gagne ensuite l’Inde, l’Asie du Sud, la Chine méridionale et les îles indonésiennes, puis la Papouasie et l’Australie. Mais ces premiers peuplements ne sont pas pérennes. De nouvelles vagues d’Out of africa, beaucoup plus conséquentes, ont lieu entre 55 000 et 50 000 AP. Se mélangeant aux descendants des premières migrations, Homo sapiens peuple le Levant, l’Europe, la Sibérie, l’archipel japonais et l’Asie entière. Entre 45 000 et 27 000, il prend la direction de la Béringie puis, entre 20 000 et 15 000 AP, se propage sur le continent américain.

Représentant plus de 17 % de la population mondiale, les Africains sont à 80 % Noirs. Leur part planétaire va croissante, du fait d’un taux de fécondité supérieur à la moyenne dans la partie subsaharienne du continent (qui représente près de 30 % des naissances mondiales).

Plus de 1 500 langues sont parlées sur le continent. D’importance très variable, elles appartiennent à quelques grands groupes correspondant aux différentes vagues de peuplement de l’Afrique :

  • les langues afro-asiatiques (ou afrasiennes, ex chamito-sémitiques) occupent le Nord et le Nord-Est ; leur nom indique une provenance du Moyen-Orient, via l’Égypte ou la péninsule ibérique. En font partie les sous-groupes sémitique (arabe, amharique, tigréen…), berbère, tchadique (quelque cent-vingt langues dont la principale est le haoussa), couchitique (oromo, somali…) et omotique (une trentaine de petites langues parlées en Éthiopie et au Soudan) ; l’égyptien originel a disparu et ne subsiste plus que sous sa forme liturgique (le copte).
  • les langues nilo-sahariennes sont parlées en bordure méridionale du Sahara, de la vallée du Nil à la boucle du Niger ; elles résultent de l’arrivée, en Afrique subsaharienne, de populations fuyant la désertification du Sahara, aux deuxième et premiers millénaires AEC, populations souvent issues du métissage de Noirs et de « Méditerranéens » (Libyques et proto-Berbères). Cette famille comprend principalement les sous-groupes soudanais oriental (ou nilotique), soudanais central (du Tchad à l’Ouganda), saharien (près du lac Tchad) et songhaï (dans la moyenne vallée du Niger)
  • les langues nigéro-congolaises, probablement originaires du haut Sénégal et du haut Niger, se sont propagées jusqu’à l’actuel Cameroun dans le courant du deuxième millénaire AEC, puis ont gagné la région des Grands lacs (en longeant la lisière nord de la forêt équatoriale, via les affluents du Congo), avant de se répandre aussi au sud du Zambèze, puis du Limpopo. Qualifié de Bantou (« les gens ») par un linguiste allemand du XIXe siècle, cet ensemble humain compte quelque cinq cents langues et forme le sous-groupe le plus important de la famille nigéro-congolaise, laquelle comprend de nombreux autres membres : mandé (malinké, bambara…), wolof, peul, voltaïque, krou, adamaoua-oubanguien, akan, yoruba, ibo…

Dans leur progression, les Bantous ont absorbé ou repoussé les populations clairsemées qui occupaient jusqu’alors la forêt (les « Pygmées« , « hauts comme le poing » en grec) ou qui vivaient en Afrique orientale et australe (les peuples de langues « khoisan« , dont quelques traces subsistent en Tanzanie en plus de ceux vivant dans le sud du continent).

L’Afrique a été le principal réservoir mondial de la traite d’être humains. Entre vingt-cinq et cinquante millions de ses habitants auraient été victimes de l’esclavage au cours de l’histoire, victimes de négriers musulmans à partir du VIIe siècle et de trafiquants européens, lors de la traite transatlantique pratiquée du XVIe au XVIIIe, ainsi que des razzias effectuées par certains royaumes et tribus d’Afrique pour leurs propres besoins (cf. paragraphe dans l’article Le monde en guerre).


Le continent africain compte cinquante-quatre pays officiellement indépendants, dont seulement 35 % des 45 000 km de frontières sont clairement démarquées. Sur les 800 groupes ethnolinguistiques identifiés en 1959, 28 % ont vu leur territoire divisé par les frontières tracés par les colonisateurs avant les indépendances. S’ajoutent à ce panorama des États plus ou moins souverains (Somaliland, Sahara occidental) et quelques possessions, souvent insulaires, françaises, anglaises et espagnoles. Moins de la moitié des pays ont une ethnie majoritaire : si quelques-uns sont extrêmement homogènes (comme le Lesotho et la Somalie), beaucoup sont en revanche de véritables mosaïques ethniques (plusieurs dizaines d’ethnies, jusqu’à 200 en RD du Congo et 250 au Nigeria).

Le niveau de vie des Africains est le plus faible du monde, avec 20 % de personnes sous-alimentées en 2024 (contre moins de 13 % au Moyen-Orient et moins de 7 % en Asie). Pourtant, le continent recèle de nombreuses richesses, dont 60 % des terres arables non cultivées et un tiers des réserves mondiales de minerais, en particulier de ceux nécessaires à la transition énergétique et à la digitalisation de l’économie : cobalt, tantale et coltan (RDC), manganèse (Afrique du sud, Gabon), bauxite (Guinée), cuivre (Zambie), graphite (Mozambique et Madagascar), uranium, or… Attisant les conflits, en particulier en RDC et au Soudan, cette richesse attire les convoitises des grandes puissances, internationales (États-Unis, Chine, Russie, Turquie), des anciens pays colonisateurs et des monarchies pétrolières du Moyen-Orient (principalement sur les côtes orientales du continent).